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  • Niels Julien-Saint-Amand

Pourquoi nos commerces ont-ils quitté nos villages ?

Mis à jour : févr. 11

Cette question est à la fois un sujet d'actualité et un sujet de fond, méritant de ce fait d'être abordé sans les raccourcis habituels. De fait, elle concerne entre 13 millions d’habitants selon la Banque Mondiale et 22 millions selon l’Association des Maires Ruraux de France, c’est-à-dire entre un français sur cinq et le tiers de la population totale du pays.


Il est également important de rappeler que la ruralité française ne forme pas un bloc homogène, mais est bien au contraire plurielle. Les subtilités et différences qui en découlent n'apparaissent pas toujours dans les données statistiques et mènent parfois à un décalage entre les analyses s'appuyant sur ces dernières et la réalité. De fait, les territoires ruraux français sont loin d'être une entité homogène sur la voie d'un fatal déclin, bien au contraire. Les réalités des territoires sont multiples, et bon nombre d'entre eux sont particulièrement dynamiques, offrant des opportunités à la fois sociales et économiques au pays.



Les commerces ont-ils vraiment quitté les territoires ruraux ?


Bien qu'il y ait une tendance de fond concernant la baisse du nombre de commerces dans les territoires ruraux (par exemple, 25 à 30% des petits commerces alimentaires ruraux ont ainsi disparu entre 1980 et 1999), ainsi qu'une baisse de la population rurale française s'étalant sur les deux derniers siècles, la tendance actuelle est à la stabilisation et donne lieu à une restructuration sociale et physique des ruralités françaises.


Par ailleurs, l'arrivée des grands ensembles commerciaux, la hausse des coûts, ainsi que les évolutions évoquées à l'instant des territoires ruraux, ont engendré une transition majeure dans la structure de ces territoires : nous sommes passés d'une logique de quadrillage du territoire, où bon nombre de communes avaient leur épicerie, à une logique de synergie et d'accessibilité, dans laquelle les commerces, confrontés à ces nouvelles réalités, profitent de la proximité d’autres commerces pour accroître leur fréquentation, tout en s'appuyant sur les réseaux de transport.

Cette transition et ces structures nouvelles privilégient donc la concentration de l'offre, les axes de passage, ainsi que l'environnement favorable qu'offrent les villes et leurs abords, ce qui engendre l'éloignement des commerces observé au cours des dernières décennies.


L'une des conséquences pour les populations rurales de ces évolutions est un coût en temps et en argent non négligeable, contraint et quotidien, vis-à-vis desquels nous avons récemment pu voir l’épuisement dans l’actualité.



Quelle est la situation actuelle des territoires ruraux ?


Contrairement à l'image que l'on peut en avoir, les territoires ruraux sont pour nombre d'entre eux des territoires vivants et dynamiques. De nombreuses solutions à l'initiative de ruraux, de néo-ruraux, de maires, d'associations et d'entrepreneurs, se sont mises en place ou sont en cours de déploiement afin de répondre aux défis que génèrent ces changements.

Ainsi, deux formats principaux de commerces se démarquent, les offres itinérantes et les offres sédentaires.


Les principales offres itinérantes prennent plusieurs formes : les camions maraîchers circulant de village en village et présent ponctuellement, les marchés de village lorsqu’ils existent encore, et les services de livraison à domicile proposées par les grandes enseignes. Ce dernier service dépend de l’accès et l’utilisation d’internet du consommateur, loin d’être le canal le plus évident ou même efficace pour servir la population présente dans ces territoires, et par ailleurs le canal le moins utilisé par les habitants en zone rurales qui n’y dépensent que 0,3% de leur budget alimentaire selon l’Insee. Ces mêmes données suggèrent également que le consommateur a tendance à favoriser les commerces proches de son domicile lorsqu’il le peut : pour ses achats alimentaires, le consommateur vivant dans les grandes villes privilégie les commerces proches de son domicile, alors que le consommateur vivant en zone rurale est le plus souvent contraint de se tourner vers d'autres offres. Il parcourt en conséquence de plus grandes distances pour faire ses courses, du fait que, toujours selon l’Insee, le tissu commercial local est particulièrement réduit.


En face de cela et en réponse à cette restructuration, il y a les offres sédentaires, prenant des formes diverses dans les territoires ruraux français. Il existe ainsi des pôles commerciaux de taille variable, crées afin de servir un territoire défini et pouvant se matérialiser par la regroupement de petits commerces (boucherie, boulangerie, épicerie, etc.) ou de plus grands ensembles généralement centralisés autour d'un hypermarché. Sont également apparues de nombreuses petites supérettes rurales situées à distance des grand pôles commerciaux, comblant ainsi certains vides, et jouant parfois aussi le rôle de dépôt pour des produits régionaux, journaux, bouteilles de gaz et autres produits. Ces petites supérettes servent de point de vente central pour de nombreux villages alentours, du fait de l’absence pure et simple d’alternative à distance acceptable. Il y a par ailleurs de nombreux autres formats plus limités, tels que les coopératives, les automates spécialisés, principalement de pain, ou les distributeurs des producteurs.


C'est donc une véritable restructuration de l'offre qui s'opère actuellement, vis à vis desquelles de nombreuses communes cherchent des solutions. Le modèle d'affaires des épiceries "à l'ancienne" qui existaient dans de nombreuses communes par le passé ne peut plus fonctionner, comme nous venons de le voir. Mais les principes humains et économiques qui ont fait que ces commerces ont pu non seulement exister mais viennent aujourd'hui à manquer, laissent penser que l'on doit pouvoir trouver des solutions.


Vous êtes vous-même maire, conseiller municipal ou habitant d'une commune rurale et ces défis vous parlent ?


Nous aussi, nous y avons réfléchi et souhaitons avancer sur ces sujets avec vous :

En savoir plus.

Sources : Insee (ref. principales dans le texte) / Rapport de la mission Agenda Rural / Géoconfluences


#Epicerie #Rural #Ruralité #France

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